
J’ai été invitée à voir le spectacle d’un humoriste que je n’avais jamais vu en spectacle, et j’ai été agréablement surprise.
Quand Simon Delisle monte sur scène, il ne se contente pas de faire rire. Il nous amène dans son univers, nous fait traverser la douleur, la résilience, la folie douce et l’autodérision.
Dès les premières minutes, il a su capter mon attention avec son humour intelligent, sa sincérité désarmante et cette façon bien à lui de transformer les épreuves en rires libérateurs. On passe du fou rire à l’émotion sans même s’en rendre compte. Son authenticité, sa générosité et sa présence sur scène font de lui un humoriste à part.
Simon Delisle n’a pas eu un départ facile. Dès son jeune âge, la vie lui impose un combat que peu d’enfants devraient mener : une maladie auto-immune rare, la polyendocrinopathie de type 1. Autrement dit, un corps capricieux, fragile, qu’il doit surveiller, soigner, comprendre, apprivoiser.
Mais au lieu de plier sous le poids du diagnostic, Simon en fait une source d’énergie. Ce sera plutôt le carburant de son humour, ce petit moteur qui l’empêche de s’apitoyer et le pousse à trouver du sens dans tout ce qui fait mal.
Sa maladie, par exemple, fait qu’il n’a pas un seul poil sur le corps ni barbe, ni cheveux, ni sourcils. Et plutôt que de s’en cacher, il en parle ouvertement sur scène, avec cette désinvolture désarmante qui le caractérise.
Pour beaucoup, il est un humoriste capable de nous faire éclater de rire tout en nous parlant de choses qu’on préfère d’habitude taire.
Dans le spectacle, Tache, il pousse encore plus loin cette réflexion. L’humour devient presque une thérapie collective. Le public rit, oui, mais il réfléchit aussi. Parce qu’à travers ses histoires, Simon touche à quelque chose d’universel : le besoin d’être vu, accepté, compris.
Tache, c’est Simon à nu. Mature, introspectif, audacieux. Il y aborde les marques visibles et invisibles : la maladie, les préjugés, la fatigue d’être fort tout le temps. Peut-être que c’est ça, la force de Simon : il n’essaie pas de faire oublier la douleur. Il nous apprend simplement à la regarder autrement.
Dans un monde où tout va vite, où l’humour se consomme comme un fast-food, Simon prend le temps. Le temps de dire les choses vraies. Le temps de rire intelligemment. Le temps de faire du bien.
Un humoriste à découvrir absolument, qui prouve que les cicatrices peuvent devenir des punchlines et que la lumière jaillit souvent de nos failles.
Lyne Sarrazin